« Pour les Grecs, rappelle Jean Rudhardt, « l’amour touche au divin…. La passion et l’aventure amoureuse sont vécus comme un produit d’activités divines… Plus encore, l’amour peut donner à l’homme le sentiment de participer à la vie divine du cosmos et à ses rythmes ».

Dans le domaine de la passion amoureuse, plusieurs divinités œuvrent. En premier lieu, Aphrodite, déesse de la beauté, de l’amour, de la fécondité, née suivant La Théogonie d’Hésiode, de la semence d’Ouranos, jetée par son fils Kronos dans l’ Océan.

Chez Homère, la déesse est la fille de Zeus et de Dionè. Aphrodite ne préside pas seulement à l’amour physique. La tendresse, philotès, fait partie de son domaine. A ses côtés, œuvre Eros, né après la déesse de Chypre et considéré comme son fils, suivant une des traditions mythologiques les plus courantes. Eros incarne le Désir dans toute sa force et sa violence. Il est « le dieu qui me brise, me tourmente de nouveau, amer et doux », confesse Sappho, la grande poétesse de Lesbos. L’impitoyable dieu est représenté sous les traits d’un bel adolescent ailé aux formes graciles ou d’un enfant potelé, au visage souriant.

Dans le cortège d’Aphrodite et d’Eros, figurent également deux allégories : Himéros, la Langueur amoureuse et Pothos, l’aiguillon du Désir. Une statue gréco-romaine abritée à la Galerie des Offices a été interprétée comme une représentation inhabituelle de Pothos. Le fragment d’une pièce perdue de Sophocle, met l’accent sur la puissance des attributions de la déesse, née suivant un récit mythologique, à Chypre.

Odile CAVALIER,

Conservateur du musée Calvet


« L’amour ô doux enfants, n’est pas rien que l’Amour

On l’adore partout sous mille noms divers.

Il est la Mort, il est la Force impérissable,

Et la Démence, et le Désir inguérissable.

Il est la Plainte. Il est activé et calme,

Et violence…Et en tout lieu dans l’univers,

L’âme vivante et respirante le reçoit

Et se soumet, aussi bien le poisson qui erre

Dans l’océan, que le quadrupède sur terre ;

Pour les oiseaux et pour la bête carnassière,

Pour l’homme, pour les dieux immortels, il est Loi.

Quel lutteur devant lui a mordu la poussière,

Fût-il divin ? S’il est permis, comme il se doit,

De dire ce qui est, il dompte Zeus lui-même,

Sans se servir de glaive. A chaque stratagème

De l’homme, à chaque plan des dieux, il fait échec,

Et Cypris règne seule… »


(Sophocle dans Stobée, Florilège, 63,6).


Le Printemps des poètes éclot à Avignon, avec 21 événements programmés jusqu'au 29 mars.

Le coup d'envoi a été donné à Avignon samedi 13 mars, par la marraine de l'édition 2021, Marina Hands. La comédienne a enregistré des lectures dans le Palais des Papes. Elle parle de désir, puisque c'est le thème du Printemps des poètes, cette année : désir de l'autre, mais aussi - en ces temps de crise - désir d'art, de liberté et de retrouvailles.

Les amoureux des beaux mots ont l'embarras du choix pour goûter leur plaisir : il y a des rendez-vous partout en ville :

• sur la place du Palais des Papes, avec des affiches reprenant les phrases du Conseil municipal des enfants

• à l'hôtel de ville, avec une exposition de l'artiste Sophie Mangin

• à la Maison de la poésie - rue Figuière avec un cycle de conférences et de rencontres

• au centre social de la Croix des Oiseaux et dans toutes les médiathèques intra et extra-muros.

Vous trouverez tout le programme sur le site de la mairie d'Avignon.

« Je ne me suis jamais trompée de désir »

Marina Hands de la Comédie-Française dit La Langue d’Anna de Bernard Noël (Éditions P.O.L).

Palais des Papes et Cour d’honneur.

Un court métrage de Priscilla Telmon et Mathieu Moon Saura.

Sur une idée de Sophie Nauleau.

« Va, je ne te hais point ! »

Court métrage poétique de Priscilla Telmon et Mathieu Moon Saura.

Avec Gérard Philipe & Marina Hands de la Comédie-Française.

Et la voix de Silvia Monfort aux premières répliques de Chimène.

Dans une mise en scène du Cid de Pierre Corneille par Jean Vilar.

Direction musicale de Maurice Jarre.

Palais des Papes.

« Les Animaux malades de la peste »

Fable de Jean de la Fontaine par Marina Hands de la Comédie-Française.

Avec la participation amicale de Miki.

Cloître Benoît XII / Palais des Papes.

Un court métrage de Priscilla Telmon et Mathieu Moon Saura.

« Ligne de Vie »

Une ascension poétique menée par Stéphanie Bodet et Antoine le Ménestrel à l’aplomb du puits de la cour d’honneur dénudée des gradins du festival, par la façade sud et sa célèbre loggia de l’indulgence.

Palais des Papes.

Un court métrage de Priscilla Telmon et Mathieu Moon Saura. Sur une idée de Sophie Nauleau.

Galien et nous

L’exposition Au temps de Galien, un médecin grec dans l’Empire romain, organisée à Mariemont au cours du second semestre 2018, était non seulement une « première mondiale » – la première jamais réalisée mettant en scène l’illustre praticien de Pergame (Fig. 1) – mais elle se révèle à présent prémonitoire !

En effet, lorsque je guidais les visiteurs dans le parcours de l’exposition, j’introduisais souvent la section consacrée à la peste galénique en rappelant que « les pires ennemis de l’humanité, et les plus méconnus, ont toujours été les virus ». Et je développais ensuite, avec cartes, inscriptions et documents originaux à l’appui, ce qu’avait représenté, pour Galien et ses contemporains, la redoutable épidémie de variole (diagnostic le plus vraisemblable) qui a déferlé sur l’Empire romain, en plusieurs vagues, à partir de 166 après J.-C.

Je ne reprendrai pas ici toutes les données connues sur ce fléau (loimos, en grec) qui a indéniablement affaibli l’Empire et je renvoie avec insistance au chapitre écrit par Danielle Gourevitch dans le catalogue Au temps de Galien (Paris-Mariemont, 2018) : « La marche de la peste galénique, un souffle mauvais ! », p. 169-174 et p. 317, ainsi qu’à l’ouvrage du même auteur, brillante synthèse sur le sujet, Limos kai loimos, A Study of the Galenic plague, Paris, 2013.

Mais je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement, au-delà des siècles, avec ce qu’ont dû affronter les populations méditerranéennes et européennes de la fin du 2e siècle de notre ère et notre situation actuelle, en soulignant à la fois quelques points communs et quelques différences.

- Le coronavirus est lui aussi venu de contrées lointaines, orientales (fig. 2), transmis non plus par les légions, mais plutôt par les hordes de touristes ! La large échelle (sinon la mondialisation) des circuits économiques était déjà d’actualité sous l’Empire romain. Les mégalopoles étaient un terreau favorable à l’épidémie.

- Le caractère inconnu de la maladie inquiète le monde médical, comme il perturbait aussi Galien et ses confrères.

- La recherche d’un remède adéquat et efficace est un enjeu majeur, mais nous sommes désormais conscients que les fumigations de laurier, la thériaque et le bon lait de Stabies ne suffiront pas ! Seul un vaccin viendra à bout de l’épidémie, ce que nous savons à présent depuis qu’Edward Jenner (1749-1823) a compris le mécanisme de l’immunisation par la vaccination en 1796 (pour un autographe d’Edward Jenner conservé à Mariemont, voir le catalogue Au temps de Galien, p. 354). Espérons que les adversaires de la vaccination se rendront mieux compte désormais combien elle nous protège tous d’épidémies désastreuses et incontrôlables.

- Mieux équipé, mieux protégé (enfin on l’espère) que leur antique prédécesseur, tout le personnel soignant est mobilisé et tente de secourir et de soulager, ce que faisait aussi Galien. Mais la contagion était un phénomène peu compris dans l’Antiquité, qui la conçoit plutôt comme un « nuage » toxique. En réalité, il convient d’éviter les contacts avec l’infection et nos mesures de confinement strict sont incontournables pour diminuer la propagation du virus.

- Dans les pays riches, les ressources alimentaires restent disponibles et la famine liée au déséquilibre socio-économique ne nous menace pas, comme ce fut le cas lors de la pestilence antonine. Mais qu’en sera-t-il dans les pays pauvres du globe ?

- L’inquiétude générale est assez palpable et renforcée par nos médias. Elle est universelle face à la maladie. Comme dans l’Antiquité aussi, mais aujourd’hui sur internet (!), des charlatans en profitent pour faire fortune en vendant de faux remèdes, de dangereuses illusions et des amulettes diverses, supposées écarter le mal.

Face aux circonstances actuelles, prenons donc la mesure de ce qui nous rend l’Antiquité si proche et si vivante, mais aussi des progrès accomplis qui nous en éloignent et qui ont été forgés peu à peu, au cours du temps, par tous leurs successeurs. Nous viendrons à bout de ce nouveau fléau.

Ah, si Galien nous voyait ! Sans aucun doute, il en écrirait un nouveau traité…


Annie Verbanck-Piérard


A. Verbanck-Piérard, V. Boudon, D. Gourevitch (éds.),

Au temps de Galien. Un médecin grec dans l'Empire romain, Paris-Mariemont, 2018.